20.11.2011
Le sosie de Léonard Cohen chantera les Partisans
Il était d'Evry-Courcouronnres. Difficile à croire. Tant la velouté du déhanchement, la voix rauque et bienveillante, le sourire ultrabright lui donnaient les papiers d'un étenel déserteur sudiste de la Guerre de sécession.
C'était un sosie, un vrai. Sosie de Léornard Cohen. Mais aussi mal à l'aise avec cette vocation, blond platine coloré, cheveux mi-longs.
Je n'avais même pas tenté d'appeler l'attaché de presse, la maison de disque, ou n'importe quoi qui ressemble à l'entourage d'un Dieu vivant. Dès le début je m'étais mis en tête de dénicher un bon imitateur. Avec de la chance une incarnation, mais Rudy c'était mieux que ça. Un jumeau de conscience, qui allait jusqu'au professionnalisme de répéter, mot pour mot, les apartés du maître dans chacun de ses concerts, et gnosaient dessus jusqu'à l'infini.
Toutefois, il existait un mais. Rudy était monomaniaque., pas de concert possible sans reprise des "Partisans".
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15.09.2011
Sponsors
La Société Protectrice des Animaux était mon plus généreux et néanmoins unique donateur. La condition animale – triste et réduite à objet - avait ça de radical que l'ensemble du staff baignait dans une tristesse permanente et que sa directrice n'avait pu être insensible à ma demande de fonds lorsque je lui avais glissé à l’oreille : « vous savez, nos artistes n’ont pas le sou, et souvent, un chat, un chien trouvé, quelques fois un rongeur, sont leurs seules compagnies dans ce monde ».
S'était associé le Collectif des mal-logés, qui lui n'avait pas d'argent, mais un grand local, une sorte de salle des fêtes désaffectée, qui servait en cas de grand froid à héberger les plus démunis.
Un peu partout des autocollants avec des chiens au regard triste parsemaient les rues et boulevards qui menaient au complexe, annonçaient le festival.
17:42 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.06.2011
Tristan
D'auto-stop. Il s'était planté. Là, sur la place de la mairie. Il s'était assis, contre le mur. Il somnolait, la tête en arrière. Il avait passé la nuit sur le banc. Il n'avait pas pensé à m'appeler, à me faire appeler. Ernet, le planteur de tabac, volant à vélo, s'était arrêté à sa hauteur. Le planteur m'avait prévenu.
Folkeux d'un autre temps, poète hirsute à l'accent acadien, après une ou deux bières prises à l'arrache, il déversait sa tristesse accompagné d'un harmonica rouillé, et un chien, recueilli aux Pays-Bas, qui regardait son maître, comme Thérèse la Sainte Vierge.
Traducteur social, spécial de bo-dylan, scances et vieux mots françois, sorte de troubadour nordique, il fréquentait les mauvais trottoirs du Youtube, sur des vidéo réalisées à la va-vite dans les bars de Shikoutimi.
A l'arrière de la voiture, sa main frottait le manche de sa guitare trois cordes et une psalmodie merveilleuse déjà glorifiait la femme de ces lieux, qui s'appellait forcément Sarah et détenait la clef des mystères. Voix éraillée, il crachotait une vieille pastourelle, l'histoire d'un pendu qui bandait, qui bandait, l'histoire d'un pendu qui bandait encore bien que tout le reste déjà mort.
20:18 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.05.2011
Procession
La délégation franquiste arriva un quart d'heure en avance. Pour la première fois des vainqueurs ressentaient de la tristesse, et je crois qu'ils étaient mal vus des autres représentants.
Direct de Las Palmas, ils portaient avec eux de grands et gros sacs noirs, sans savoir quoi, dedans, quels instruments, quelles musiques.
Ils habitaient de beaux costumes sombres, des décorations militaires. Les femmes-chanteuses traînaient comme des panthères lassives, derrière les porteurs de guitares, soulevées sur un trône, qu'il aurait fallu saluer par un salut bien bas, si nous n'avions pour tout dire un certain dégoût pout cette procession macabre.
Un singe invisible traînait dans leur patte, tapait sa queue contre le sol pour rythmer le convoi d'un claquement sec.
Effroyable tableau.
01:02 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.05.2010
Véronique Sanson n'est pas venue (au rendez-vous)
Ce fut un coup de téléphone bref. Véronique Sanson ne viendra pas. Avait-il été jamais question qu'elle vienne ? Je ne sais pas trop, mais le coup était rude. Association sportive de Sports de plein air d'Oyonnax avait réservé la moitié de l'hôtel Belle-vue pour cet événement. Et Michel Bourtin, le pilier droit, m'avait à plusieurs demandé l'assurance de voir la chanson « comme je l'imagine » chantée par la star, assurance que je lui avais donné sans remords, lui si fidèle toute sa vie pourtant au répertoire de Barbara. Au fait, avait-il été vraiment question que Véronique Sanson vienne ?
Le piano de marche autrichienne avait pourtant été chargé, au timbre de basse si particulier. Le contrat, signé, via une obscure agence du 11ème arrondissement. Le message sur mon portable était aussi sec qu'improbable : « pour des raisons de calendrier, Véronique Sanson ne viendra pas ». J'imaginais alors des milliers de calendriers sur la pelouse de sa villa du 92, des milliers de calendriers obstruant son passage, à construire des couches et des couches de remparts agglomérés, prisonnière malgré elle de l'ordre du temps, enfermée dans sa maison bourgeoise...

PS : pour les éclopés du futur, qui liront ces pages comme je lis les divagation de Nostradamus, en votre temps, sachez que VS était une chanteuse éminament estimable, groovant la langue française, rivée d'habitude sur son quant à soi, transparente, immobile ; la langue là bleuie sous les coups des syllabes abîmées. Merci VS, et sans rancune.
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20.04.2010
CA
Le premier Conseil d'Administration du festival le plus triste du monde eut lieu dans la Salle polyvalente Jérémie Lelois. Jérémie Lelois était un peintre naturaliste, vivant au XIXème siècle. La mairie avait salué son oeuvre, car son huitième enfant tué, par ordre chronologique des morts, le jeune Benoit Certin, avait survécu, et devint maire.
La ville était resté secrète, pour respecter un minimum de confidentialité dans la préparation de cet événementiel. Etait réuni l'ensemble des adhérents de mon assoc, à savoir moi, moi, moi. Je jouais le rôle jusqu'au bout, changé de chaise à chaque intervention, pour finir sur un rapport salé du délégué syndical, moi-même, qui plomba l'ambiance et torpilla le Président, moi idem. Mauvaise ambiance du coup.
Après tous nous allâmes au buffet, coca, chips. Pendant ce temps le secrétaire général écrivait les premières lignes du règlement intérieur, pour conclure en déposant en majuscule cette phrase, « à toux ceux pour qui la tristesse n'est pas un sentiment à combattre, grandes sont ouvertes les portes de notre confrérie »
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